PETIT LEXIQUE  

Petit lexique pour les pays d'Afrique et des Antilles

Bénin

boire une cigarette en fumer une…
deuxième bureau maîtresse d'un homme marié (id. pour 3éme, 4ème…bureau)
digaule homme de grande taille (comme feu le général)
entrer-coucher studio tellement petit qu'on ne peut y faire rien d'autre
être de nuit tour de nuit d'une des épouses d'un polygame
ménagerie travaux ménagers > les faire se dit "ménager"
sous-marin amant d'une femme mariée
ton pied mon pied femme qui surveille son mari en permanence

Cameroun

bétiser raconter des bêtises
cahier de roulement cahier sur lequel les élèves font à tour de rôle un devoir > fille légère qui passe de mains en mains
être derrière ne pas être au courant : "il est derrière comme ses fesses !"
long crayon / beaucoup connaît étudiant du deuxième cycle des universités : "J'suis tombée sur un long-crayon l'aut'soir, j'ai pas pu en placer une !"
longtemps femme âgée qui cherche à se rajeunir
sportif très actif sexuellement : "faire le sport", ou "le physique" = faire l'amour

Cap Vert

être constipé être enrhumé (du Portugais constipado)
Centre-Afrique
zognon oignon : "donne moi un zognon"
Congo
siquidilatif qui inspire grande confiance ou espoir (du kikongo : "sikidoula")
A.T.Z. Assistance Technique Zaïroise : prostitution (les Zaïrois ne sont pas très bien vus)

Cote d'Ivoire

aller jusqu'ààààà… aller très loin
cacaba personne qui a de petites jambes, minable. L'étymologie se devine facilement
compétir participer à une compétition sportive, être compétitif
en attendant sandales en plastique (qu'on achète en attendant de pouvoir s'acheter de vraies chaussures)
faire boutique mon cul se prostituer
faire caïman se lever la nuit, après le passage du surveillant, pour étudier
individu imbécile :"espèce d'individu!"
mari-capable / mon mari sors je sors / œil de ma rivale / yeux voient bouche parle pas… différents modèles de pagnes, utilisés en différentes occasions, ou pour mettre en valeur celles qui les portent. On oppose aussi les femmes de la campagne, les "pagneuses" à celles de la ville, les "robeuses".
poulet bicyclette poulet élevé en plein air : il a l'air de pédaler en courant
sapeur homme élégant (de sape ?)
toutou prostituée (qui coûtait two shilling two pence)

Haïti

avoir un coup de soleil pour qqun avoir une forte attirance, le coup de foudre
bacoulou homme rusé séducteur, trop entreprenant
chéqueur personne qui touche un salaire sans rien faire
dodine rocking-chair
être comme lait et citron être fâchés
farandoleur fanfaron
se mélancoliser devenir mélancolique
tap-tap petit autobus inconfortable et très décoré de scènes de la vie du christ
taratata joueur de trompette

Mali

débrouillé personne qui a appris le Français sur le tas et le parle assez mal
faire faire l'amour : "Que fait-il actuellement? - Il fait ! - Ah bon !"
faire coup détat prendre à un(e) autre son/sa petit(e) ami(e)
madame-bagage porteur, dans les gares ou les marchés
natte petite amie :"Viens ici, ma p'tite natte !"
vélo poum-poum vélomoteur

Martinique / Guadeloupe

argent-braguette allocations familiales
bonbon-fesses suppositoire : "prends un bonbon-fesses avant de te coucher"
collier-chou/grain d'or collier de petites perles en or
forçat collier formé de maillons très fins
doudou celui ou celle qu'on aime :"doudou ba moin en ti bo"

Niger

gardinier employé qui fait office à la fois de gardien et de jardinier
macas toutes les pâtes alimentaires, alors que "pâte" désigne des boules de céréales
pamplemousse femme de forte corpulence - on dit aussi "gourde"
prendre le train onze aller à pied ( le 11 représente les jambes du marcheur)
scandaleuse femme prompte à faire des esclandres
Réunion
culotte grandes manches pantalon
virer son pantalon retourner sa veste

Sénégal

arriérer aller en arrière, reculer : "Tu veux qu'j'arrière ? Fallait l'dire !"
baisser les pieds baisser les bras, se décourager :"baisse pas les pieds, on va t'aider !"
beloter faire un belote
braillé qui rentre sa chemise dans le pantalon, bien habillé (cf. débraillé)
cabiner faire ses besoins > "le goal a cabiné le ballon" : il l'a laissé passer entre ses jambes
cadeauter faire un cadeau : "mon chéri-coco m'a cadeauté un boubou"
camenbérer sentir affreusement mauvais, surtout des pieds
causeur conférencier (les conférenciers l'écoutent et dans un séminaire, les séminaristes)
confiturer faire des confitures
culs blancs véhicules à plaques d'immatriculation blanche > coopérants qui les possèdent
culs verts véhicules d'ambassades "ces culs verts se croient tout permis!"
dallasser rouler des épaules de façon prétentieuse, en référence au feuilleton Dallas
Une disquette* Jeune fille élégante et branchée
et pati et pata discours à tord et à travers
faire ses besoins vaquer à ses occupations, ses affaires
gossette petite amie
J.P. de Jeune Premier : jeune homme habillé à la dernière mode
quatre fois cinq "20" de palme
sénégalaisement à la manière sénégalaise, comme ci comme çà
Tchad
cadonner donner en prime, offrir
diverger prendre à une fille sa virginité ( la dévierger ?)
pinailler faire l'amour à une femme
locateur personne qui loue une maison à un locataire

Togo

balle perdue enfant né hors mariage, dont le père ne peut ou ne veut se marier
chercher le marché courir les filles
discute discussion qui tourne à la dispute
enceinter rendre enceinte (gagner l'enceinte=devenir enceinte)

Zaïre

céfé sigle : Connaissance Forcée, élève très appliqué
chaos k.o. : assommé, ivre mort, ou amoureux fou : "cette femme savante m'a mis chaos"
femme savante étudiante (qui sont très recherchées dans les bals)
fiançailles académiques liaison qui ne dure pas plus qu'une année universitaire
frousser avoir peur
gros mot mot savant
londonienne prostituée des boîtes fréquentées par les blancs
mezabi soutane : ce qu'un prêtre dit quand il demande qu'on la lui ammène
M.P.R. Mouvement pour la Révolution, détourné en Mourir pour Rien
prendre la ligne onze aller à pied ( le 11 représente les jambes du marcheur)
radio trottoir information non officielle qui se propage très vite
retrousso-manchisme doctrine des années 70 pour mettre à l'honneur le travail manuel
S.I.D.A. Syndrome Inventé pour Décourager les Amoureux
traiteur homme qui vit de combines
vigiler surveiller




Voir aussi : http://www.feliciedubois.com/popup_nano.php

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L'individu moderne  

L’occident a inventé, avec la révolution française, un type de vie qui rompt avec les sociétés traditionnelles qui associaient des individus dès leur naissance. Dans la nouvelle société moderne et individualiste, tout le monde réclame de l’air voulant éprouver de plus en plus le sentiment d’être libre. Aujourd’hui l’individu réflexif et évaluateur doit construire lui-même son identité et ses réseaux d’amis. Ainsi, si les individus souhaitent plutôt un lien social fort, ils ne veulent pas pour autant en payer le prix qui consisterait à diminuer leur liberté. En effet, chacun approuve l’individualisme à titre personnel et le récuse au niveau collectif.

L’individu existe donc par lui-même, contrairement à autrefois ou celui-ci était défini comme appartenant à un groupe. On parlerait d’ailleurs aujourd’hui de crise du lien social comme si cette crise était un raté de nos sociétés démocratiques. En réalité c’est une des caractéristiques des sociétés modernes. Nous serons en crise tant que nous serons dans des sociétés démocratiques. Cette crise est de quatre natures différentes.

En premier, c’est une crise de la transmission. On est aujourd’hui dans une société de communication qui s’inscrit dans l’espace et non dans un modèle de transmission qui s’inscrit dans le temps. Ainsi, des individus sont notamment liés par une histoire commune, un passé. C’est en intériorisant le social que l’individu devient membre de la société. Et l’individu individualisé a aujourd’hui le pouvoir de décider du poids du passé qu’il veut incorporer dans son existence personnelle. Il est donc beaucoup plus difficile de lier des individus émancipés. Mais selon François de Singly, cette prise de distance volontaire aux origines peut être légitime si par ailleurs il y a un engagement libre et éclairé. Cette balance entre le désengagement et l’engagement est le cœur de la modernité.

La seconde crise est celle de la raison. En effet, l’homme serait uniquement habité par lui-même et ses préoccupations propres, détaché de l’histoire commune. Cette crise de la raison est caractérisée par la tyrannie de l’émotion. Les individus modernes s’enferment dans leur bulle, indifférents aux affaires publics, centrés sur le soi et sur le monde personnel - reflet du narcissisme et de l’égoïsme en fait.

Durkheim disait déjà que « je ne suis certain de bien agir que si les motifs qui me déterminent tiennent non aux circonstances particulières dans lesquelles je suis placé, mais à ma qualité d’homme in abstracto ». L’individu moderne serait donc de moins en moins libre puisqu’il obéirait aux mouvements de son cœur au lieu de suivre la sagesse de la raison.

La crise de la stabilité, ensuite, montre la difficulté à lier des individus à l’identité fluide. L’exemple type de cette crise est le couple. La relation amoureuse est cette chose que chacun essaye de conquérir sans vraiment en saisir toute la dynamique. En effet, il y a toujours cet arbitraire entre une relation amoureuse forte et la protection du soi de ses participants. Paradoxalement, c’est souvent la femme qui redoute la trop forte dépendance amoureuse et qui n’a pas envie d’être enfermé dans un rôle de compagne ou d’épouse, ne voulant pas exister à travers son mari. Cette dernière s’en rend compte au fil de la relation c’est-à-dire qu’elle remarque un décalage entre ce qu’elle vit et ce qu’elle veut être. Ce refus de l’enfermement est caractéristique des sociétés modernes. L’amour contemporain recherche une distance variable, autorisant un double travail de construction de soi: celui de la relation amoureuse et celui qui permet de respirer un autre air. L’individu souhaite éviter la routine des rôles, les habitudes qui limitent son expression personnelle. Il éprouve le sentiment que ses marges de jeu sont insuffisantes et il s’autorise alors un voyage, un déplacement, une parenthèse, voire une séparation. Il se met en vacances de son moi prisonnier et estime avoir le droit à autre chose.

Georg Simmel exprime très bien cette fascination pour le changement: « ce que nous éprouvons comme de la liberté n’est souvent en réalité qu’un changement d’obligation; au moment où, à la place de celle qu’on assumait jusqu’alors, vient s’en glisser une nouvelle, nous ressentons avant tout la disparition de la pression antérieure; et parce que nous en somme libérés, nous nous sentons en premier lieu absolument libres, mais la nouvelle obligation commence à faire sentir son poids à mesure que vient la fatigue, et désormais, le processus de libération s’applique à elle comme il avait précédemment débouché sur elle ». C’est pour cela que (dans un situation de couple notamment) la déliaison provisoire est préférable à la rupture pour résoudre les contradictions internes de l’individu. Une des contradictions est ressentie comme la réduction à une seule dimension de l‘identité, et en conséquence la disparition du sentiment de liberté. Le propre de la modernité est cette tension entre stabilité et mouvement. Si certaines personnes restent encore dans un cul de sac domestique c’est parce que la vie conjugale procure de la sécurité et des conditions plus aisées pour la structuration du soi. Entre l’enracinement qui emprisonne et l’errance qui insécurise, les individus élabore des compromis qui leur permettent de créer des liens assez élastique pour si possible ne pas rompre. Il faut donc retrouver une identité fluide qui est nécessairement multidimensionnelle. L’idéal est un amour libre, au sens de libéré de l’excès amoureux, un amour qui n’enferme pas, qui n’aliène pas afin d’être libre ensemble. Un autre désaccord qui suscite le mécontentement et l’insatisfaction est la prise de conscience du décalage entre ce que la personne croit être la vérité de soi et l’image que l’autre a de soi.

La crise des normes enfin, pourrait soulever le problème du manque de repère dans nos sociétés. En réalité, les difficultés proviennent de la multiplicité de ces normes. La tyrannie de l’intimité nous indiquerait aujourd’hui que le social serait remplacé par le personnel. Le besoin de saisir le singulier, le souci de la particularisation est davantage développé que l’aspiration au général. L’essence du moderne c’est le psychologisme, le fait d’éprouver et d’interpréter le monde selon les réactions de notre intériorité. Les règles ne sont pas contestés mais on estime être assez grand pour juger de leur juste application. On passe d‘un régime de la similitude à un régime de l‘altérité: chacun doit être reconnu dans sa différence. Cela est visible dans l’éducation, où on est passé d’une éducation centrée sur la transmission à une éducation centrée sur le développement des potentialités de l’élève.

Dans les sociétés modernes, la normativité psychologique s’est imposée mais n’a pas fait disparaître le régime de normativité de la règle pour trois exigences sociales: l’égalité de traitement, la vie commune, le respect de certain savoir. L’individu doit donc apprendre à manier cette alternance de normativité.

D’après François de Singly toujours, l’idéal du lien se trouve entre liberté, convivialité et respect mutuel. Il y a un équilibre a trouver entre la tyrannie du formalisme c’est-à-dire que des inconnus peuvent entrer en contact sans référer à leurs particularités individuelles (savoir le monde) et la tyrannie de l’intimité c’est-à-dire une conversation centrée sur l’histoire personnelle de chacun avec anecdote, récit de soirée,…

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Vivre la fête en direct au Gabon  

Africa numero1

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13 recettes pour preparer la carpe.  


  1. Carpe fume en crêpe de sarrasin piment doux vodka
  2. Carpaccio de saumon, pomme verte et pignons grillés
  3. Salade de carpe mariné, sauce passion
  4. Saumon fumé et pommes de terre sauce gravad lax
  5. Tartare de carpe au gingembre et pomme verte
  6. Makis de carpe fumé
  7. Rouleaux de carpe, avocat et pamplemousse
  8. Millefeuille de crêpes de blé noir et carpe à l'aneth
  9. Poissons fumés et chantilly
  10. Saumon mariné et peau croustillante, pommes de terre brûlantes
  11. Poisson salé, galettes de sarrasin, cresson
  12. Capitaine mariné à la citronnelle
  13. Carpe en robe de pavot

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Le soi et le couple  

L’individu contemporain court après le bonheur. Il ne l’attrape que rarement pour longtemps. Ce qui compte aujourd’hui, c’est le fait que tout individu vive dans un environnement favorable pour développer son identité personnelle, pour devenir un être singulier. Un bon parent ou un bon partenaire, c’est celui qui apporte cette aide personnalisée. Les proches permettent également la reconnaissance du soi, c’est-à-dire que je ne puis savoir si ma totalité est reconnue et respectée que par la manifestation de l’agissement de l’autre par rapport à elle. Grâce à ses proches, à leur regard, à leur aide, l’individu a le sentiment d’une existence unique et entière. Pour que le soi ait le sentiment d’une existence positive, l’individu a besoin d’un proche familier, stable et exclusif. L’adulte ne se suffit pas à lui-même et les relations amicales peuvent ne pas être des substituts suffisants au conjoint. D’où, on y revient, l’importance d’une place au sein d’un couple.

Si à l’époque contemporaine, la vie de couple est si complexe, c’est qu’elle engage toujours quatre personnes, chacun devant faire avec le soi « seul » et le soi « avec » le compagnon ou la compagne. En effet, au sein de l’identité à géométrie variable coexistent deux hiérarchisations: l’une absolue, avec l’identité personnelle au premier plan; l’autre relative, correspondant aux exigences de la relation. Par exemple, le bon élève doit prouver, comme les autres, qu’il existe aussi autrement, que sa valeur scolaire ou sociale ne se confond pas avec sa personne. L’individu individualisé doit donc s’affirmer de deux façons: le « moi d’abord », propre à l’affirmation d’un vrai soi et le « rôle à jouer » qui désigne la dimension statuaire qui doit être mis en scène pendant la situation particulière. Une sorte de personnalité situationnelle.

La structuration du couple doit donc faire face à l’instabilité des identités: les exigences de la société individualiste sont telles que l’individu est amené à vivre sous le régime de l’éducation permanente. L’adulte comme l’enfant, n’a jamais terminé sa propre construction. Le soi n’est donc pas stable. Faut-il dans ce cas se soustraire au célibat ? L’absence de contrainte apparaît comme un élément positif qui constitue le sentiment d’autonomie. En même temps et contradictoirement, le célibat est mal perçu dans la mesure où un tel soi apparaît incomplet, trop centré sur lui-même. Cette liberté ne suffit donc pas à définir le contenu du soi et n’autorise pas le travail de révélation. En fait on souhaite le célibat mais davantage sur un plan théorique.

En effet, un partenaire contribue à construire la personne avec laquelle il vit en lui donnant le sentiment continue d’exister, le sentiment de stabilité qui fonde l’identité. Ce sentiment s’enracine notamment dans la conversation permanente qui valide la vision du monde des partenaires. L’univers devient crédible et le soi a davantage l’impression d’exister. De plus, le regard d’amour métamorphose l’Homme en lui restituant un sentiment d’appartenance aux personnes qui possèdent les qualités pour former un couple (sensibilité, gentillesse, tendresse, générosité).

Ensuite, le conjoint a pour fonction de valider l’identité de son coéquipier, de transformer ses ressources en capital. Cette validation inclut plusieurs missions: celle de la cohérence, de la révélation et de la totalité (la prise en compte de la totalité de soir par l’autre est un rêve). Cela implique que lorsque l’identité du partenaire change, le conjoint doit, lui aussi, modifier sa manière de proche familier. Soumis à la pression sociale de l’épanouissement personnel, les couples modernes doivent suivre le rythme des transformations identitaires de chacun. La mobilité conjugale est obligatoire: elle est assurée par une nouvelle définition des fonctions assurées par chacun des partenaires, sinon elle engendre la séparation. Souvent, la reconnaissance publique de son propre changement doit s’inscrire par le renouvellement du partenaire.

Les individus font comme s’ils étaient insensible à la fidélité. Cette position est fausse. En effet, le nombre de personnes en union conjugale qui déclarent avoir des relations extraconjugales a baissé pendant ces vingt dernières années. Cela renvoie à l’une des dimensions de la fonction de validation de soi: donner le sentiment de l’unité. L’amour sexuel ouvre le plus largement les portes de la personnalités globale donc il y a cette nécessité de rester cohérent avec soi-même.

Mais il existe un autre type de fidélité: la fidélité à soi-même. La logique de la psychologisation de l’identité a pour effet de valoriser cette fidélité. Celle-ci peut entraîner la rupture conjugale car fidélité à soi et engagement de longue durée ne sont pas toujours conciliable. Les femmes justifient très souvent la séparation du fait de la destruction de leur identité, ne voulant pas être gelées dans un rôle défini. De plus, la conception moderne de l’individu dévalorise les rôles exaltant au contraire l’originalité et encore plus l’authenticité, comme sentiment de fidélité à soi-même. Si le conjoint ne comprend pas le besoin de modification identitaire du partenaire, il peut contribuer à la rupture. Ce d’autant plus que les valeurs contemporaine de mobilité ne valorisent pas en soi la permanence, la longue durée. En effet, il y a une très grande mobilité affective. On cherche jusqu’à ce qu’on ait trouvé chaussure à son pied, avec le risque de se retrouver seul. Mais pour qu’un couple contemporain fonctionne, ses membres doivent se réformer, en mettant de coté certains aspects de leur identité, en tenant compte des demandes de l’autres. Cette exigence réciproque demande du travail et du temps.

Pour les thérapeutes conjugaux, si les hommes et les femmes se séparent après quelques années de vie commune, c’est qu’ils ne parviennent pas à surmonter la fin de la première période qui serait fusionnelle. Ils n’arrivent pas à passer de l’illusion d’une seule identité au constat de la réalité des deux individualités.

Lorsque les conjoints se séparent, ils ont à la fois l’impression d’être amputés et le sentiment de renaître. Des dimensions cachées de leur personnalité peuvent revenir à la lumière, mais cela implique presque toujours que d’autres vont, sans le regard du proche connaître l’ombre.

Le maintien d’une union réclame une transition exigeante pour les deux partenaires.

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La pornographie ou l'épuisement du désir  

La pornographie ou l'épuisement du désir (2)

Précédemment, nous avons vu avec Patrick Baudry le lien entre l’image pornographique et le spectateur. Le film porno montre les rites de l’amour sorti d’un contexte sentimental: il décrit simplement les mécanismes physiologiques. Il n’y a pas d’émotions mais des sensations. La philosophe Michela Marzano s’est intéressée à ce même thème d’un point de vue plus éthique dans son ouvrage La pornographie ou l’épuisement du désir. Elle ne cherche pas à dire ce qu’il faut faire ou penser, mais plutôt à montrer que l’envahissement des représentations pornographiques impose une vision particulière de l’humain.

Elle étudie cette vision de l’homme grâce à la notion de désir. En effet, on ne peut pas parler de sexualité et de pornographie sans aborder la question du désir. Celui-ci est difficile à saisir parce qu’il est l’essence même de l’homme.

La principale caractéristique du désir est le manque:nous désirons ce qui nous manque. Le désir existe quand l’individu décide de tendre vers ce qu’il n’a pas, de combler ses failles. C’est ce manque là, cette faille, qui nous définit et nous permet d’accéder au statut de sujet. Mais il ne s’agit pas d’un manque qui se referme sur lui-même. Bien au contraire, il engendre le mouvement d’ouverture sur les autres et est la condition de tout projet. C’est lui qui permet à chacun de s’activer, d’aller vers la rencontre, de se projeter hors de soi-même. C’est pourquoi le désir n’est jamais un point précis, c’est une espèce de ligne de fuite, une expansion. Il est toujours un désir de quelque chose, mais en même temps, il est désir d’autre chose que de l’objet désiré.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le désir ne se réduit pas à l’objet qu’on désire. Comme si pour satisfaire un désir, il suffisait d’accomplir un certain nombre de gestes pour posséder l’objet. Si l’individu satisfaisait ses désirs, il serait quelqu’un de « plein » et de refermé sur lui-même, dans une suffisance profonde et ne pourrait envisager un rapport avec le « dehors », c’est-à-dire l‘autre.

C’est pourquoi le désir est essentiellement différent du besoin. Le désir et le besoin sont liés au manque. Cependant, contrairement au besoin, le désir ne tend pas à la possession. Le besoin, lui, demande d’être satisfait par la consommation de son objet. Par exemple la faim, c’est-à-dire le besoin de nourriture, disparaît en mangeant des aliments. On voit donc ici que l’objet disparaît et le besoin également: la nourriture perd son altérité c’est-à-dire qu’elle n’est plus autre mais entre en « moi », dans le « même ».

En revanche, lorsque le désir sexuel entre en jeu, on ne peut pas priver l’autre d’être un autre. L’autre ne peut plus disparaître comme s’il s’agissait de nourriture. Le désir sexuel existe dès lors qu’on renonce à faire de l’objet de son désir une chose à consommer. L’autre est celui qui nous renvoie à notre manque car c’est celui que nous ne sommes pas. Il nous oblige à renoncer à une possession totale car celui qui cherche à aller jusqu’au bout de la possession efface l‘autre, détruit son désir et supprime l’objet. Prendre conscience et accepter sa propre faille équivaut à reconnaître ce que je n’ai pas. C’est donc admettre une certaine dépendance à l’autre et empêcher de le détruire ou de le transformer en chose à posséder. Lorsque le désir se satisfait comme un besoin, alors l’autre n’est plus le signe de ce que je n’ai pas.

C’est ici qu’entre en jeu la pornographie. En effet, dans un film X, ce qui est représenté est l’absence du manque. Pour faire compliquer, « l’appropriation réduit l’objet du désir à une chose qu’en tant qu’avoir, est un étant ayant perdu son être ». Et pour faire simple: l’individu perd son statut de sujet (d’être) et devient un instrument (avoir).

En effet, la rencontre sexuelle avec l’autre n’as pas lieu, le visage est montré mais a perdu toute signification. Ce visage est un élément comme n’importe quel autre élément du corps. Le visage n’est plus « le voile » sous lequel l’altérité (c’est-à-dire le fait d’être autre) peut se cacher. Car désirer une femme, ce n’est pas désirer son corps, sa bouche, ses mains ou ses seins, mais désirer tous les paysages qu’elle a en elle, qu’on peut visiter avec elle, que le sujet peut accomplir à partir de ce qu’elle représente, qu’elle engendre, qu’elle rend possible.

Dans le rapport sexuel, on donne et on reçoit. On perd momentanément son altérité: les deux désirs se trouvent, se mêlent, se confondent presque. Chacun répond à l’autre et il s’instaure une compréhension intime. On se perd et s’abandonne à l’autre. L’expression « quand on aime, on ne compte pas » indique précisément le fait de s’oublier en se consacrant à l‘autre.

Dans le rapport sexuel naît une réciprocité. On sent l’autre nous sentir. On est pris par le désir que l’autre a pour nous et on provoque les désirs par des élans spontanés car mon désir ne peut s’accomplir qu’à une condition: si j’éveille en l’autre un désir égal au mien. Le jeu de l‘amour consiste à faire coïncider deux désirs et de transformer la possession physique en une possession psychique.

La sexualité est le lieu de l’étonnement. Nous nous laissons surprendre par l’autre et par son désir, lorsqu’il révèle en nous ce qui nous manque, sans savoir exactement comment pourra se dérouler la rencontre. Dans la pornographie il n’y a pas de réciprocité, elle est le lieu des stéréotypes: chaque scène est soumise à la contrainte. Chacun utilise les autres et,à son tour, est utilisé.

Ensuite la scène de sexe du film porno est caractérisée par la transparence, l’absence d’intime. L’homme et la femme qui constituent la scène de sexe du film sont en même temps tous les hommes et toutes les femmes. Leur rencontre est à la fois leur propre rencontre et la métaphore de toute rencontre entre un homme et une femme. En ce sens, la pornographie qui pense libérer les esprits, imagine plutôt à la place des spectateurs. La liberté qu’ils prétendent affirmer est en réalité une nouvelle servitude. Le mystère de l’intime est cassé. L’intime, renvoyant à ce qui est intérieur, profond, constitue le noyau dur de l’individu, sa sphère privée. A l’opposé de la nécessité d’avoir des secrets pour se séparer des autres, l’individu éprouve le besoin de se montrer, d’être regardé. Le modèle de la transparence dans le porno casse les mouvements entre le repli sur soi et la reconnaissance de l’autre. La transparence de l’image pornographique, c’est-à-dire le fait de voir au-delà de la surface, gomme la signification qui normalement, est au-delà de la surface. Le signifiant est surface. Leur identité se réduit à une suite d’actions.

Le X déshumanise les hommes et les femmes par l’imposition d’un modèle auquel ils doivent se conformer indépendamment de leurs spécificités. La bouche, le vagin et l’anus n’ont pas de statuts différents, ils ne sont que des trous de jouissance. De plus, les fonctions sexuelles et excrémentielles sont voisines dans le corps humain alors qu’elles travaillent dans le sens inverse: le sexe crée et l’excrément « dé-crée ». Dans une œuvre pornographique, la distinction n’est plus faite.

Michela Marzano va loin dans ses propos en parlant du X:

« Les êtres humains sont des instruments dont on use, des chairs que l’on pénètre avant d’éliminer. Ainsi le corps est réduit à un cadavre, et le cadavre taillé en pièce. D’où une chair qui n’est plus humaine. D’où la barbarie. »

Ou encore: « Ces représentations reprennent d’ailleurs des éléments de l’esthétique nazie pour mettre en scène l’aboutissement de la dépersonnalisation. Ces situations, de non réalité finalement, nourrissent les idées nazis. »

Alors on est tenté de dire, et le choix des actrices dans tous ça ? Malheureusement, c’est un autre débat ! Il faut juste reconnaître la difficulté de choisir librement lorsqu’on se trouve dans une situation d’ignorance et de besoin. J'irai atténuer le propos en disant que l'image pornographique permet aussi de nourrir l'imaginaire masturbatoire car elle permet de penser que sa propre sexualité existe par l'imaginaire des représentations.

J’ajouterai, et ça n’engage que moi, que la pornographie est en phase avec le néolibéralisme de ces jours-ci. La décentralisation de l’homme au dépend de la maximisation de l’excitation des spectateurs, c’est-à-dire le profit. Et l’homme dans tous ça ?

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