UNE ETUDE: les Demoiselles d’Avignon  


Avec les Demoiselles d’Avignon Picasso n’annonce pas seulement le Cubisme; il change le cours de l’art occidental et, en même temps que les découvertes de la science moderne ; bouleverse notre manière de voir et concevoir le monde, parce qu’une telle peinture ne relève plus de l’imitation, de la représentation plus ou moins transposée de la réalité, mais de sa figuration conceptuelle, de sa reconstruction à partir d’un nouveau langage plastique, d’une nouvelle syntaxe visuelle en train de naître.
Pierre Daix écrivit : « Picasso n’était pas le premier à avoir songé à renouveler la peinture en s’appuyant sur les arts primitifs. Il est le premier à avoir posé ce problème en termes de technique et d’esthétique et non plus de morale ». Ce qu’il reconnaît pour sien dans les œuvres des civilisations du passé et qu’il s’approprie en l’intégrant à son projet, répond toujours aux questions qu’il formule et qui précèdent son temps. Picasso réinvente, à partir de sa pratique créatrice, des solutions dont on ne savait plus déchiffrer la modernité.
Les premières esquisses des Demoiselles d’Avignon, apparaissent à la suite des Deux femmes nues de 1906, et des études qui les accompagnent. Dès les premiers essais, se superpose à ce caractère ibérique des personnages de l’influence de Cézanne. Cézanne eut l’idée révolutionnaire de séparer les éléments d’un tableau par des intervalles de lignes de couleurs en remplissant les espaces vides entre les objets par la couleur et cela a pour effet de limiter les profondeurs. Les Demoiselles est un exemple de cette technique. On observe Élève de Medicine, marin et cinq Nues dans un Bordel (Etude pour Les Demoiselles d Avignon) 1907; 47.7x63.5cm crayon et pastel sur papierla touche du couteau de Cézanne pour les visages des femmes surtout le masque de la femme le haut du coin droit. D’autre part, les œuvres de Cézanne Le Bain d’Amour (1880) et Les Grandes Baigneuses (1906), sont des exemples comment il exprime son obsession sexuelle féroce. Les Grandes Baigneuses a influencé un grand nombre d’œuvres d’art, et en plus considérée comme l’antécédent des Demoiselles d’Avignon. Une autre caractéristique de Cézanne : le contour séparant des figures. Cézanne n’a jamais essayé de reproduire la vérité, mais en donner des expressions. Picasso a fait de même avec ses prostituées du bordel, représentant des femmes mélangeant la peur et le plaisir, sans aucun souci de la réalité, ou des moyens réalistes pour représenter le corps humain. La manière de peindre le corps de ces prostituées admet un sens important plutôt qu’une importance classique des représentations. On peut remarquer l’influence de l’art préchrétien ibérique et l’art africain sur l’œuvre de Picasso. En regardant de plus prés les visages des femmes dans la partie droite de l’œuvre on remarque la ressemblance avec les masques Mbuya des Pende de Zaïre, exposés au Musée royale de l’Afrique centrale. Les visages féminins supportent cette stylisation primitive, dévorés par ces grands yeux, surmontés par de parfaits sourÉtude pour Les Demoiselles d Avignon 1907 96x33cm aquarelle sur papiercils prolongés par des nez énormes, ce style fut le choque pour les cercles traditionnels.
Picasso se souvient de sa découverte de la collection ethnographique au Musée de Trocadéro pendant l’été de 1907 en disant : « Les masques n’était pas pareilles à n’importe quelle sculpture. Jamais. Elles sont des objets magiques, des médiateurs face à l’inconnu, menaçant les esprits. Elles sont des armes … Elles sont des outils. Si on leur donne une forme, on devient indépendant … Je comprend pourquoi je suis peintre. Seules dans cet affreux musée, avec des masques et des jouets produits par des peau-rouge, des lilliputiens poussiéreux. Les Demoiselles d’Avignon devraient me venir ce jour, mais pas toutes d’après les formes, parce que c’était ma première peinture d’exorcisme – oui absolument ! »
On cite les paroles de William Rubin : « … La scène montée dans ce salon ou “vitrine” de cet imaginaire bordel – variations que nomme un connaisseur du sujet “le scénario d’accueil” – constitue un genre de laboratoire dans lequel Picasso essaie de découvrir la nature profonde de son désir en sondant les mystères que Freud nomme la force de la vie, la source primal de procréation, où la sexualité et la créativité artistique ne se différentie plus… » Picasso travailla une quinzaine d’études pour les Demoiselles. Ainsi, Tête de femme (Étude pour Les Demoiselles d Avignon) 1907 96x33cm huile sur canvas en regardant les études du début elle contiennent deux hommes ; un élève de médecines montrant parait-il un crâne au dames, et un marin. Encore deux femmes étaient présentes, qui furent ultérieurement enlevées de la composition par Picasso. L’artiste ajoute à cela : « … Les femmes mangeaient – ce qui explique le panier de fruit dans la peinture … » Les figures étaient composées de surfaces aplaties et de parties arrondies plutôt que des faces de volumes arrondies dans un espace comprimé. Les contours arrondis cèdent la place au pointus, les formes angulaires et leur apparition dans l’œuvre outragent toutes les conventions traditionnelles de la beauté, la figure du milieu et à sa gauche, contemplent avec des yeux grands ouverts et les deux femmes à droite confrontent par le regard celui de l’observateur avec des masques menaçants. On a deux lignes dynamiques en diagonale, la première du coude en l’air de la femme du milieu vers le coin bas à gauche et de la main élevée de la femme à gauche vers le coin opposé à droite. Au coin droit la femme est dans une pose complètement impudique en s’asseyant ouvrant les cuisses comme pour exposer son membre féminin. Au contraire la femme du milieu est dans une pose classique rappelant l’Esclave Mourrant de Michel-Ange, les dames exposent une nonchalante grâce rappelant les femmes d’Ingres. Avec les bras plus haut que la tête frappe le regard d’une pose de séduction. Les deux femmes à côté du rideau épient les nouveaux venus.
Elles se révèlent d’une façon théâtrale, Les prostituées poussent de côté deux rideaux, et l’espace du bordel qu’on doit apercevoir, nous choque comme des planches de verre. Même dans la nature morte on a un sens de menace, la tranche de melon qui est pareille à un faux. Kirk Varnedoe a dit de ce melon : « Quand Picasso peignit cette œuvre, il y avaitÉtude pour Les Demoiselles d Avignon 1907 17x22cm encre sur papier de cahier une hystérie causée par la menace de mort du Syphilis et autre épidémie sexuelle. Dans cette anxiété d’esprit, la distorsion et la fragmentation du corps des prostituées peuvent être lu comme expression de la peur de Picasso et l’ambivalence contre la femme, et l’association du plaisir sexuel et de la menace de l’épidémie et la mort. »
Les prostituées sont considérées comme sujet d’art dans différentes œuvres à l’aube du XXe siècle. Elles sont projetées dans l’art dans différentes formes, comme littérature, photographie, peinture et certainement les gens peuvent les rencontrer dans les bordels ou dans les rues de Paris ou bien les autres cités européennes. L’une de ces rues est Carrer d’Avinyo à Barcelone, d’où les Demoiselles d’Avignon sont inspirées. Clayson Hollis dans son livre : Prostitution in French Art of the Impressionist Era, donne une image du monde de cette période dont on résume : La prostitution était un sujet d’avant-garde au début du XXe siècle, sans l’ètre au XIXe siècle. La prostitution était un problème de cette période à Paris qui a vu flétrir les bordels et les maisons closes. La disparition de ce problème fut principalement causée par les changements économiques et sociaux, qui ont suivis la première période de l’industrialisation : une incessante demande de mains d’œuvre féminines, qui a poussé à une baisse de l’âge de mariage (il y a eu une augmentation du nombre de liens conjugaux, et une baisse de liaisons consensuelles hors du mariage), et l’amélioration de mode de vie, et les changements des relations familiales (commeEsclavant mourrant 1513-16 hauteur 229 cm limitation des naissances). Ces changements dans la vie privée expliquent l’image de la prostituée dans la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, qui est devenue à un personnage restreint à des scènes intérieures – comme salon clos – et plus discrète, non plus une image publique, ce thème serait dans les périodes suivantes une expérience privée ou bien une fantaisie libertine.
La femme avait une image à la fin du XIXe siècle de femme fatal, pareille à une érotique et destructive force. Cette image est alimentée par les fleurs du mal de Charles Baudelaire, et encore avant par le philosophe Schopenhauer. Une contradiction s’impose : Les femmes conducteurs de maladies et en même temps elles dégénèrent un fascinant plaisir, elle produit une indéniable attraction ravitaillée par la peur et la passion. Ce type de femme on le trouve en littérature chez Zola dans Nana (1866) ; en musique chez Wagner ; en peinture en plus de Picasso chez Munch et Manet. Dans ce sens Hollis dit : la femme qui d’une part vulgaire et simple, leur corps vicié, impropre et leur tête de vaurien pour ces classes inférieures de la société ; d’autre part elle tiennent une attraction érotique sans retenu en utilisant leur corps charnu fortement impliqué.
On conclut par l’effet qu’a causé les Demoiselles d’Avignon sur l’entourage de Picasso. La réaction était sans doute ni exagération un désastre. Il paraît que Picasso a bu de la térébenthine pour cracher le feu, disait Georges Braque, en la voyant pour la première fois. Les autres amis furent encore choqués, Léo Stein fit remarquer d’un ton sarcastique : « il paraît que tu essayais de peindre la quatrième dimension. » Un autre ami, Guillaume Apollinaire était horrifié. “Comme c’est amusant” disait Matisse, son ami et rival de l’art moderne, qui considérait la peinture comme une moquerie des objectifs de l’avant-garde qui échouerons Picasso. “Quelle perte pour l’art français !” cria le collecteur russe Sergei Shchukin. Seul Daniel Kahnweiler, qui début dans une carrière de marchand d’œuvres d’art, reconnut l’importance des Demoiselles d’Avignon et acheta les trente et un études préliminaires. Il voulut acheter l’œuvre, mais Picasso l’enroula en disant qu’elle n’était pas à vendre. Après neuf ans à en 1916 l’exposition de l’œuvre au publique, l’influence des Demoiselles d’Avignon se propage comme une onde de choque en révélant la nouvelle que l’art classique est brisé. En 1988 au Musée de Picasso à Paris une grande exposition exclusivement pour cette œuvre.
Aujourd’hui, les Demoiselles d’Avignon est l’une des importantes œuvres de l’histoire de l’art, et certainement l’œuvre la plus intéressante de l’art moderne. Elle est exposée au Museum of Modern Art à New York comme l’œuvre marquante de leur collection, et continue à causer le même émoi qu’elle faisait cent ans auparavant.

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