Sur la semantique de Monsard  

Une série d’études effectue par Jean Pierre Monsard sur les grands les grands genres littéraires (théâtre, poésie, roman, essai),

Cette peinture sociale permet de saisir la condition de la femme dans le Gabon traditionnel. Awu devient la première femme d'un notable local, titulaire d'un certificat d'études primaires et maîtresse de couture ; cette jeune femme goûte peu à la polygamie de son mari, ce qui ne va pas sans heurts, ni reproches.
Le roman de Justine Mintsa est un mélange d'humour et de réalisme qui à travers le destin d'Awu, d'Obame et des autres personnages décortique avec une sincérité touchante et émouvante la condition humaine. Pour un coup d'essai, Justine Mintsa a réussi un coup de maître.

Mubwanga
Ce nouveau texte épique vient enrichir la bibliographie déjà abondante du genre dans la littérature gabonaise après Le mvet de Tsira Ndong Ntoutoume, Olende de J.P Leyimangoye, Olende d'Okoumba Nkoghé, et Mulombi de V.P Nyonda.
Mubwanga raconte l'histoire d'un héros extraordinaire, héros éponyme allant à la recherche de sa sœur Maroundou ma de Nzambi, mariée à Dybourou Kasse le monstre. Après une longue pérégrination à la quête de sa sœur, après des combats dont il sort toujours victorieux. Mubwanga ramène sa sœur au village à la grande joie de ses parents. Le texte relate de manière implicite les rapports interhumains et le fondement de la matrilinéarité chez les Punu du Sud du Gabon.Kwenzi Mickala a su rendre dans une langue simple l'oralisation du texte originel en reformulant de manière habile dans sa traduction la mise en scène du performeur de la parole, les chants, les répétitions, l'action dialoguée et les répons traditionnels.


Théâtre
Il existe de nombreuses troupes de théâtre en activité au Gabon, notamment le Théâtre Express, Nzimba Théâtre, le Théâtre de la Rencontre, le Théâtre de l'avenir.
La matérialisation du jeu
La flamme et la passion sont intactes et de nombreux jeunes (scolarisés ou non) s'y intéressent de plus en plus, mais cette passion du jeu reste cloîtrée dans les salles de répétition et ne trouve pas son expression à l'extérieur, face au public, par défaut de salles de spectacle appropriées à Libreville. Il n'y a donc pas matérialisation du jeu.
Les seules salles disponibles grand public sont : la salle de la cité de la démocratie, non adaptée pour le théâtre ; la salle Barrault du CCF St Exupéry qui elle est adaptée mais pas souvent disponible. Au collège Quaben, un tréteau est dressé qui ne répond pas non plus aux besoins de la scène. Voici le combat amer pour les férus de théâtre. Les velléités s'étiolent faute de jeu, et on se complaît à improviser dans les salles de fortune.
L'enjeu immédiat et urgent pour le théâtre reste ainsi la construction de salles de spectacle qui répondent aux exigences techniques de la scène.
La médiatisation
Voici un art qui contrairement aux autres (musique, chanson) semble être méconnu par les médias gabonais. Aucune émission n'est proposée pour initier le spectateur à la chose théâtrale, même si de temps en temps les médias ont recours à des comédiens connus pour illustrer leur réclame publicitaire.
La médiatisation du théâtre aurait l'avantage de familiariser le public au genre, mais aussi de favoriser et de créer une culture de théâtre.
Une culture de théâtre
Malgré Nyonda et ses tentatives, l'ANPAC (Agence nationale de Promotion Artistique et Culturelle), et bien qu'il y ait eu des comédiens prestigieux tels Odimbossoukou ou Dominique Douma, la magie du théâtre n'a pas de prise dans la population gabonaise ; il n'existe pas de culture de théâtre, de réflexe théâtre comme argument et élément culturel. Cette inefficience se retrouve même au plus haut niveau de l'Etat, où l'on n'a besoin du théâtre que lorsqu'il s'agit de le voir participer à des manifestations ponctuelles.
Pour palier à cette insuffisance et réconcilier l'acteur de théâtre avec son public, il convient de multiplier les manifestations, valoriser le statut de comédien de théâtre et médiatiser leurs actions.


Théâtre dans la rue
Du jamais-vu encore : le théâtre dans la rue. Le ministère de la Culture et la Coopération française, conscients de l'efficience de cet art et de la nécessité de rapprocher les gens de culture des populations, ont organisé pendant neuf mois, ce théâtre d'un type nouveau.
L'idée était généreuse et les résultats immédiats. Dans les grandes places des quartiers populaires, on montait les tréteaux et le public debout assistait aux spectacles. Ces scènes rappelaient bien entendu les veillées de nos soirées d'antan au clair de lune.
La troupe optait pour le répertoire de son choix (sketchs, imitations, pièces de théâtre, parodies, pantomimes…). Le public, ravi, participait bon enfant au spectacle : véritable contact charnel et visuel !
Depuis, l'entreprise n'a pas été renouvelée, le projet est mort de sa belle mort pour cause de trop grande lourdeur administrative et parce que ce projet est resté "la chose" du politique, mais pas la propriété des comédiens. Les troupes continuent à attendre. Wait !



Conte
Deuxième prix du contage aux jeux de la Francophonie de Madagascar en 1997, Mathias Ndembet continue son bonhomme de chemin. Il initie dans la modernité, avec le concours des médias, cet exercice culturel séculaire qui nous vient de notre oralité.
Exploitant le panel riche et diversifié de nos textes oraux (fables, contes et épopées…), Ndembet a aussi recours aux textes traduits et transcrits par des conteurs tels Raponda-Walker.
C'est l'image d'un barde nouveau, d'un troubadour qui associe musique et parole qui nous est donnée. Depuis, Mathias Ndembet partage et dit son art à l'étranger, mais aussi dans nos écoles et nos lycées. Pour le grand plaisir du public.
Dans la même veine, vient d'émerger un jeune du nom de Tsira Etougou Ndong. Il conte en langue fang et son récit Nguit Mone (le conflit) met en scène les personnages du peuple d'Engong (les immortels) contre ceux d'Oku (les mortels). Derrière ce chant épique on peut facilement lire une parabole sur la société actuelle en crise et ses travers.

Dôlè
L'action de Dôlè se situe à Libreville, à travers le destin de cinq garçons d'une quinzaine d'années (Mougler, Baby Lee, Joker, Akson et Bézingo) que la providence a bien voulu réunir dans la vie des "matitis" (on dit aussi "mapanes"), ces quartiers de survie qu'on appelle ailleurs "bidonvilles" ou "favelas".
Ici pas de dénonciation, pas d'antagonisme attendu entre riches et pauvres : le film montre ces jeunes dans leur milieu, vivant leurs rêves, leurs désirs mais également leurs frustrations dans un espace fermé qui n'est pas sans rappeler l'univers kafkaïen. Témoins des menus larcins et des plans boiteux de la petite bande, le spectateur se trouve parfois malgré lui complice du jeu des acteurs, tant leur cause est indéfendable.
Le film d'Imunga Ivanga inverse également les valeurs dans le choix des acteurs. Contrairement à la tendance observée jusqu'ici dans le cinéma gabonais, les premiers rôles sont confiés aux jeunes comédiens, qui quoique néophytes de la scène, ont su intégrer à merveille leurs personnages, tandis que les seconds rôles sont confiés aux comédiens adultes confirmés.
Ombre et lumière
Les images de Dôlè, suffisamment expressives, ne laissent pas indifférent ; prises sur le vif, dans le concret, elles donnent à voir autrement la modernité gabonaise. La caméra ne dit pas plus, mais préfère suggérer par le jeu d'ombre et de lumière, ou par de gros plan saisissants ou encore par le flux continu d'images en cascade qui disent la vie folle et trépidante des matitis. C'est le non-dit qui est amplifié. Un de ces non-dits qui offre au spectateur une grande ouverture de lecture.
La caméra d'Imunga Ivanga scrute la pensée, louvoie, s'accroche à des détails qui, en clin d'œil, formulent le mal-être des personnages à travers l'évolution de la bande à Mougler. Cette nouvelle écriture filmique toute en finesse nous sort des clichés et scénarii qui n'usaient pas du montrer/cacher. Toute cette aventure est dépeinte sur les rythmes et la musique mesurée des artistes musiciens nationaux (François N'gwa, Annie-Flore Batchiellilys, Marcel Réténo). L'accompagnement musical épouse l'émotion des personnages et des situations, prenant le spectateur dans une belle profusion de sons, de couleurs et d'émotions. A caractère sociologique, le film d'Imunga Ivanga se démarque finalement de ses prédécesseurs, par son écriture, sa sensibilité, son feeling proche du zapping et son ambiance musicale.

Rire au Gabon
La mise en scène du rire au Gabon passe par la faculté qu'ont les individus de se projeter toujours au-devant d'eux-mêmes par l'auto-dérision : c'est un trait de culture.
Enfouie aux tréfonds de leur être social, cette aptitude à la dérision éclate de plus belle sur la scène et les artistes-comédiens n'ont fait que récupérer, digérer et dévoiler cette émotion contenue par les longues années de parti unique, où il était interdit de parler et surtout de rire.
Les pionniers
La manifestation de cette éclosion du rire est élaborée dès les années coloniales par l'entremise des missionnaires. Dans les écoles primaires, de petites troupes de théâtre sont montées. Et à défaut de longs textes, on incite les élèves à jouer des sketches.
Nyonda Vincent de Paul, alors instituteur donne un cachet au genre, en faisant jouer dans des places publiques des sketches ayant pour thème les travers et les comportements sociaux (Le Saoulard 1960).
Depuis lors, l'exploitation de cette expression a pris de l'ampleur et s'est considérablement diversifiée. De la troupe de théâtre, on est passé depuis les années 1970 au one man show (c'est le cas de Dékombel) ou au duo (Défounzu et Dibakou) ; cette tendance semble être de plus en plus pratiquée et a le mérite de signaler des contours substantiels quant au fond et à la forme que l'on peut conférer au genre.
Les nouvelles tendances
La tradition comique est nettement marquée au Gabon par le comédien Dékombel (mort en avril 1986). Sur un thème précis généralement rattaché à l'actualité, le comédien brode une histoire avec l'intention manifeste de grossir les traits, de caricaturer, de persifler. Le ton est volontairement sarcastique et bouffon. La langue utilisée mêle petit nègre et expressions dialectales, et le comédien se positionne comme l'ingénu de l'histoire, le candide petit villageois analphabète qui feint de ne rien comprendre à la modernité.
Le rire est entretenu par ses différents effets contradictoires, mais surtout par l'usage burlesque d'un galimatias de la langue française et des langues nationales en usage au Gabon. Cette tendance Dékombel a été héritée par le duo Défundzu et Dibaku.
Avec "les années démocraties" et surtout avec la liberté d'expression que l'on connaît depuis les années 1990, on est passé du sketch au pastiche ou encore à l'imitation. Dans le genre, Serge Abessolo semble tirer son épingle du jeu et apporte une signature singulière. Le comique n'est plus basé sur "l'effet de la langue", mais à partir d'une histoire construite, bien menée, ayant un thème précis, le tout dit dans une langue française correcte.
Ce comique tranche avec l'école Dékombel. Il s'agit ici de susciter le rire à partir des jeux de mots, de l'usage des contresens, des calembours et parfois user de l'humour noir. Serge Abessolo innove au sens où il est est scénariste de ses propres textes et comédien. Il initie ainsi une école, et le public espère qu'il sera suivi.

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